Showing posts with label Articles in French. Show all posts
Showing posts with label Articles in French. Show all posts

4.04.2026

Demis Roussos — De souvenir en souvenir

Auteur : Claude AI, sous la direction et la révision de Học Trò.


Introduction — Le disque de Paul Mauriat

À vrai dire, je ne suis pas quelqu'un qui collectionne les disques de Demis Roussos. Chez moi, pas un seul LP à son nom, pas un CD avec sa photo sur la pochette. Et pourtant, chaque fois que je monte en voiture et que j'allume la musique, je tombe sur ses chansons — parce que le disque que je mets le plus souvent, c'est celui de Paul Mauriat : la suite orchestrale que Mauriat a enregistrée spécialement à partir des hits de Roussos, sortie en 1979 chez Philips. Un album de dix titres bien rangés : We Shall Dance, My Reason, My Only Fascination, Goodbye My Love Goodbye, Someday Somewhere, Forever and Ever, From Souvenirs to Souvenirs, Because, Ainsi soit-il, Loin des yeux loin du coeur. Une trentaine de minutes qui passent comme un rêve, parce que Paul Mauriat savait exactement comment mettre ces mélodies dans leur meilleure lumière — rien à ajouter, rien à retrancher, juste le bon angle.

Découvrir Demis Roussos par le chemin de Paul Mauriat plutôt que par l'original peut paraître bizarre. Mais pour moi, c'était tout naturel. J'ai commencé à écouter la musique française — Pierre Bachelet, France Gall, Laurent Voulzy — en passant d'abord par les arrangements orchestraux, avant même d'entendre les paroles. Puis je remontais peu à peu vers l'original. Ce chemin-là ne fait perdre aucun des deux côtés ; il a même son propre avantage : quand on entend la musique sans les mots en premier, l'oreille apprend la mélodie nue avant que les paroles viennent la colorer. Et parfois, la mélodie nue dit des choses que les paroles n'arrivent pas tout à fait à exprimer.

Mais j'ai fini par retrouver Demis Roussos en train de chanter. Et la première chanson que j'ai écoutée en boucle, jusqu'à en connaître chaque note, c'est "From Souvenirs to Souvenirs."


Alexandrie, 1946 — La ville qu'il faut quitter

Demis Roussos — de son vrai nom Artemios Ventouris-Roussos — est né le 15 juin 1946 à Alexandrie, en Égypte. Son père, Yorgos Roussos, était guitariste classique et ingénieur. Sa mère, Olga, participait à une troupe de théâtre amateur de la communauté grecque locale. Un enfant qui grandit dans cette atmosphère familiale — où la musique et la scène sont aussi naturelles que le repas du soir — n'a pas besoin qu'on lui explique que le son et l'émotion vont ensemble.

Alexandrie dans les années 1940-1950, c'était une ville de mondes superposés. Ni grecque, ni égyptienne, pas tout à fait quoi que ce soit de défini — plutôt un composé compliqué de tout. La communauté grecque y était présente depuis des siècles, aux côtés de Français, d'Italiens, de Juifs, d'Arabes, de Britanniques, tous entassés dans ce port méditerranéen qui avait jadis été la capitale intellectuelle du monde antique. Qu'entendait un enfant qui grandissait là-bas ? Du chant byzantin dans les églises orthodoxes grecques, de la musique arabe dans la rue, du jazz dans les cafés en bord de mer, de la musique classique à la maison. Comment exactement ce mélange sonore a façonné la voix de Roussos, je ne peux pas l'affirmer avec certitude — mais j'ai du mal à croire que quelqu'un élevé dans une telle richesse n'en ait pas gardé quelque chose dans sa musique, consciemment ou non.

En 1956, la crise du canal de Suez éclate. Le gouvernement égyptien nationalise les biens ; la communauté grecque d'Alexandrie perd son ancrage. La famille Roussos quitte la ville et rentre à Athènes. Demis a dix ans, et la ville n'est plus là — il ne reste que le souvenir. C'est peut-être la première fois qu'il a compris qu'on peut perdre un lieu sans mourir — il suffit que l'histoire en décide autrement. Ce sentiment de perte irréversible, je crois, est le fond émotionnel de toute sa carrière musicale : des chansons sur la séparation, sur ce qui est passé et ne reviendra plus.


The Idols, Paris et Aphrodite's Child

Athènes n'était pas Alexandrie, mais Athènes avait la musique. En 1963, Demis Roussos, dix-sept ans, rejoint un groupe appelé The Idols — et il y rencontre les deux personnes qui changeront sa vie : Evángelos Papathanassíou (le futur Vangelis) et Loukas Sideras. Tous les trois portaient en eux quelque chose qui ne rentrait pas dans le cadre du pop ordinaire, et ils le savaient. Quelques années plus tard, partis à Paris pour chercher des opportunités de scène, ils se trouvent bloqués par les bouleversements politiques de mai 1968 — ce mois où Paris a semblé se retourner complètement. Ils décident de rester. Et Aphrodite's Child naît.

Le nom a des allures de rêverie méditerranéenne, et leur musique aussi — un rock progressif aux couleurs grecques et orientales, sans équivalent dans aucun groupe britannique ou américain de l'époque. Ils réalisent un hit dès le départ avec "Rain and Tears" (1968), une chanson construite sur le thème du Canon de Pachelbel — cette progression immortelle habillée en pop-rock 4/4 immédiatement accessible. La voix de Roussos dans ce titre dit tout : quelque chose de jeune qui porte en même temps une tristesse plus ancienne que son âge, méditerranéen et pourtant universellement familier.

Mais l'album qui reste de cette époque, c'est 666 (1972) — une œuvre monumentale inspirée de l'Apocalypse, assez ambitieuse pour qu'on ne sache pas vraiment comment l'appeler : musique expérimentale, rock, oratorio ? Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des œuvres les plus remarquables du rock progressif des années 1970. Mais au moment où 666 est sorti, Aphrodite's Child était déjà dissous — Vangelis est parti sur sa propre voie électronique (celle qui le mènera à Chariots of Fire, Blade Runner et un Oscar), tandis que Roussos s'est lancé en solo. Deux amis, deux chemins divergents, deux formes de succès très différentes. Les deux entièrement réels — pas le genre d'histoire où l'un gagne et l'autre perd.


La voix de Roussos — quelque chose d'indéfinissable

Ce qui distingue Demis Roussos de tous les chanteurs pop de son époque, c'est sa voix. Non pas parce qu'il chantait bien dans un sens purement technique, mais parce que cette voix avait une qualité qu'il est vraiment difficile de décrire avec des mots ordinaires.

Il était ténor, mais pas ténor d'opéra à la Pavarotti — sans cet héroïsme, sans ce poids du conservatoire. Ce n'était pas non plus un fausset au sens habituel — sa voix n'était pas mince, elle ne s'évaporait pas comme de l'air. Certains parlent de "falsettone" — un registre aigu qui garde pourtant du corps, du vibrato, quelque chose de chaud à l'intérieur de chaque note. Enfant, il avait voulu étudier l'opéra, mais sa famille n'en avait pas les moyens. S'il avait suivi cette voie, il serait peut-être devenu un ténor classique ordinaire, et nous n'aurions jamais eu le Demis Roussos des ballades pop des années 1970. Ce manque — ce fait de ne pas être passé par la formation normale — s'est révélé être précisément ce qui l'a rendu unique.

Roussos chantait des chansons tristes. Pas triste comme une tragédie, pas triste comme des larmes — triste comme quelqu'un qui se souvient. Quelqu'un qui regarde en arrière et voit clairement ce qu'il a laissé derrière lui, les gens qu'il a connus et ne reverra plus. Cette voix était en parfaite adéquation avec ce répertoire : "Forever and Ever" (1973), "Goodbye My Love Goodbye" (1973), "When Forever Has Gone" (1976) — chaque titre annonce la fin de quelque chose de beau. Et il chantait ces fins non pas comme quelqu'un de désespéré, pas comme quelqu'un qui réclame ce qu'il a perdu — mais comme quelqu'un qui a accepté, qui se souvient avec une chaleur vue de loin.

Il portait aussi des kaftans sur scène — ces longues robes orientales — et cette image est devenue indissociable de son nom. Un homme imposant en kaftan, debout sur scène, chantant des chansons tristes d'une voix à la fois haute et chaude. Ça semble étrange à décrire, mais c'était parfaitement juste pour ce qu'il était : pas besoin de ressembler à quelqu'un d'autre, juste être soi. Il savait qui il était et n'avait pas besoin de le cacher. C'est une forme de courage que tous les artistes n'ont pas.


"From Souvenirs to Souvenirs" — une chanson qui vit de mémoire

Ma chanson préférée de Demis Roussos, c'est "From Souvenirs to Souvenirs," tirée de l'album du même nom sorti en 1975 chez Philips. Elle a été écrite par Alec R. Costandinos et Stélios Vlavianós. Ce qui est amusant, c'est que Costandinos est devenu célèbre plus tard pour ses productions disco à la fin des années 1970 — difficile d'imaginer que l'auteur de cette ballade romantique et tranquille allait signer des disques de piste de danse quelques années plus tard. Mais Costandinos était le genre de musicien qui suit son instinct sans se laisser enfermer dans un genre.

La chanson s'ouvre sur une image très précise et très silencieuse : une chambre solitaire, une chaise vide. Le narrateur ne sort pas chercher quelque chose, ne crie pas, ne réclame rien — il reste assis dans cette pièce avec les objets qui l'entourent, et ces objets lui rappellent la personne qui n'est plus là. Des calendriers, des photos, de petites choses que deux personnes partageaient autrefois — maintenant une seule personne et ces objets. C'est à la fois très concret et complètement universel : tout le monde s'est assis dans une pièce et a vu quelque chose qui lui rappelait quelqu'un du passé.

Le refrain "From souvenirs to more souvenirs I live" est, à mon avis, l'une des plus belles phrases de la pop des années 1970. Non pas parce qu'elle est complexe — au contraire : elle est aussi simple que le langage peut l'être tout en restant parfaitement juste. Vivre d'un souvenir à l'autre, sans rien de nouveau si ce n'est ce qui est déjà passé — cette idée se trouve exactement au cœur d'une émotion que tout le monde connaît mais que peu de gens savent exprimer aussi nettement.

Structurellement, la chanson est très basique : verse — refrain — verse — refrain, sans pont compliqué, sans modulation surprenante. Mais c'est tout l'intérêt. Costandinos et Vlavianós savaient que cette chanson n'avait pas besoin de virtuosité. Elle avait besoin d'une simplicité absolue pour que la voix de Roussos puisse faire tout le reste du travail. Dans le verse, il chante dans son registre médium — légèrement las, légèrement posé, comme quelqu'un qui raconte sa propre histoire triste sans avoir besoin qu'on le plaigne. Quand arrive le refrain, sa voix monte, portant ce son caractéristique — pas un cri de douleur mais la voix de quelqu'un qui se souvient avec une intensité totale. Et puis "I'll keep on turning in my mind" — cette dernière note de la phrase, Roussos la tient comme s'il ne voulait pas la lâcher, comme quelqu'un qui sait qu'il ne pourra jamais vraiment oublier même s'il le voulait.

Je ne reproduis pas ici les paroles originales en anglais pour des raisons de droits — mais n'importe qui peut les trouver facilement. Ce que je veux souligner, c'est la façon dont les paroles et la mélodie s'emboîtent : pas une note de trop, pas un mot qui ne soit pas exactement là où il doit être dans le rythme. C'est ce à quoi ressemble l'écriture musicale soignée — dire moins, signifier davantage.

En Union soviétique, "From Souvenirs to Souvenirs" était la chanson la plus populaire de Roussos — à un point tel que lui-même a été surpris en l'apprenant. L'histoire d'une ballade gréco-française devenant un phénomène derrière le Rideau de fer, dans un monde presque entièrement coupé de la pop occidentale, montre que certaines chansons n'ont besoin ni de frontières, ni d'explication, ni de contexte culturel commun. L'émotion qui les habite suffit.


Nicholas Phạm et l'histoire de "Đâu Rồi Những Dấu Yêu?"

J'aimais tellement cette chanson que j'ai écrit des paroles vietnamiennes dessus.

(Note : "Đâu rồi những dấu yêu ?" signifie à peu près « Où sont passés tous mes êtres chers ? » — ce sont les paroles vietnamiennes originales de Học Trò, écrites sur la mélodie de "From Souvenirs to Souvenirs", non pas une traduction de l'anglais.)

Les paroles vietnamiennes ne sont pas une traduction — je les ai adaptées, je ne les ai pas traduites. L'anglais a son propre rythme, le vietnamien en a un totalement différent, et si on traduit mot à mot les mots ne tombent pas sur les notes, ça sonne maladroit et forcé. J'avais déjà tenté ce jeu une fois avec "If" de Bread — j'avais écrit des paroles vietnamiennes en cadeau à l'époque où je tombais amoureux "de l'amour de ma vie." Celles-là sont perdues maintenant, ce qui est tout à fait normal — quand on est amoureux, pourquoi penser au mot "if", n'est-ce pas ?

L'étincelle qui m'a poussé à écrire "Đâu rồi những dấu yêu ?" est venue d'une découverte fortuite sur YouTube. Je suis tombé par hasard sur la chaîne d'un Vietnamien nommé Nicholas Phạm — quelqu'un qui a un vrai talent pour raconter des histoires par l'image. Une de ses vidéos posait "From Souvenirs to Souvenirs" sur ses photos de lycée en France : des visages jeunes vietnamiens et français, des fêtes animées, des vacances estivales à la mer, des coins de rue parisiens et les sourires d'anciens amis. La musique de Roussos coulant sur ces images — cette combinaison m'a fait entendre la chanson d'une façon complètement différente. Plus une ballade abstraite sur un amour perdu, mais une jeunesse précise avec des visages, des noms, des adresses, l'odeur de la mer un été particulier et les rires de gens qui ne sont plus jeunes.

Et j'ai écrit :

(Paroles vietnamiennes originales — Lời Việt: Học Trò, 2010)

Chiếc ghế trống không, căn phòng lẻ loi,

Thật khó biết bao khi đời vắng tênh,

Nhìn những lá thư khi xưa em trao đến anh, còn em chẳng thấy,

Trong anh rưng rưng kỷ niệm xa vắng ...

Em yêu ơi, ôi đâu còn đâu nữa đôi ta,

những sớm nắm tay trong sân trường thề thốt yêu nhau,

Em yêu ơi, ôi đâu còn đâu nữa môi hôn, trao nhau ngại ngùng

những ước mơ xưa nay đã trôi xa ...

Sẽ chẳng có ai như em dấu yêu,

Để hát với anh bao khúc nhạc vui,

Chỉ có đơn côi bao quanh lấy anh, một thân một kiếp,

Em trong tim anh chỉ còn là ký ức ...

Em yêu ơi, ôi đâu còn đâu nữa đôi ta,

những sớm nắm tay trong sân trường thề thốt yêu nhau,

Em yêu ơi, ôi đâu còn đâu nữa môi hôn, trao nhau ngại ngùng

những ước mơ xưa nay đã trôi xa ...

Le refrain — "Em yêu ơi, ôi đâu còn đâu nữa đôi ta" — je n'ai pas cherché à rendre "from souvenirs to more souvenirs" mais j'ai été directement aux images : les matins où l'on se tenait par la main dans la cour de l'école, le premier baiser timide de l'amour naissant. L'original parle de la mémoire en termes généraux ; ma version vietnamienne essaie de ramener ça à des moments concrets — le genre que toute personne qui a été jeune et amoureuse reconnaît immédiatement sans qu'on ait besoin d'expliquer. C'est ce que j'ai appris en étudiant le compositeur Phạm Duy : les bonnes paroles ont de vraies images, pas seulement des émotions abstraites.

Ce sont les seules paroles vietnamiennes que j'aie écrites et que j'ai réussi à garder. Protégées par le droit d'auteur 2010 — même si personne ne risque de me disputer la paternité, mais ça fait plus officiel. Quand écrirai-je un troisième texte ? Je ne sais pas. "J'ai le cœur trop grand pour moi" — la mélodie est vraiment belle et je me surprends à la fredonner en voiture — mais les paroles originales sont franchement quelconques (« Tu t'appelles Jeanne, je crois... oui, c'est ça... »). Si je l'adapte, autant que ça en vaille la peine.


Paul Mauriat et l'art de ne pas s'imposer

Je l'ai dit dès le début : j'entends Roussos davantage à travers Paul Mauriat que dans les originaux. Cela mérite une explication.

Paul Mauriat était le genre de musicien qui sait comment rendre hommage à une chanson sans se placer au milieu d'elle. Quand il a arrangé la musique de Roussos pour Paul Mauriat Plays The Hits Of Demis Roussos (1979), il n'a pas changé le cœur émotionnel des titres — il a simplement remplacé la voix chantée par un orchestre, et cet orchestre a assumé le rôle de narrateur que la voix de Roussos avait toujours tenu. Cela semble simple, mais c'est en réalité très difficile. Le danger de réarranger une ballade, c'est qu'un orchestre trop dense étouffe l'espace respiratoire de l'original ; trop léger, et ça sonne vide. Mauriat a trouvé cet équilibre dans presque tous les titres.

Dans sa version de "From Souvenirs to Souvenirs," la mélodie principale est confiée à un seul instrument soliste — et l'entendre monter et descendre en suivant exactement les contours que Roussos chantait, sans aucun mot, ouvre un espace que l'auditeur remplit avec ses propres souvenirs. C'est ce que fait la bonne musique instrumentale : elle ne vous dit pas quoi vous rappeler, elle ouvre juste la porte. Vous entrez vous-même.

De tous les dix titres de l'album, "Because" — qui est "Mourir auprès de mon amour" dans la version française — est celui que je trouve le mieux arrangé par Mauriat. L'original de Roussos a une tendresse très particulière ; la version de Mauriat prend cette tendresse et l'étire, la laisse respirer plus lentement, donne à l'auditeur plus de temps pour s'asseoir dans ce sentiment plutôt que de courir après les paroles.

À noter aussi que Roussos et Mauriat étaient tous deux chez Philips à cette époque — ce disque orchestral n'était donc pas le fruit d'un assemblage fortuit, mais un projet voulu par le label. Heureusement, les deux hommes y ont mis un soin réel. Le résultat sonne comme quelque chose qui vient d'un sentiment vrai, pas d'une usine.


Une vie, une voix

Demis Roussos est mort le 25 janvier 2015 à Athènes, après avoir lutté contre un cancer de l'estomac et du foie. Il avait 68 ans. La nouvelle est arrivée pour beaucoup comme l'annonce de la mort d'un ami familier — sans qu'on s'y attende vraiment, même si on sait que tout le monde finit par partir.

Au cours de sa carrière, il a vendu plus de 60 millions d'albums, chanté dans de nombreuses langues — anglais, français, grec, italien, allemand et d'autres encore — et fut l'un des rares artistes européens à pouvoir dire que sa musique avait touché des publics partout : de l'Europe occidentale à l'Union soviétique, du Japon au Moyen-Orient. Il a aussi traversé l'une de ces épreuves que personne ne souhaite : en juin 1985, il était passager à bord du vol TWA 847, détourné par le Hezbollah depuis Athènes. Lui et sa femme ont été retenus en otage pendant cinq jours. Il a eu 40 ans pendant ces jours de captivité. La légende dit que les autres otages l'ont reconnu et lui ont demandé de chanter, et qu'il l'a fait. Chanter en étant retenu prisonnier, chanter pour des gens dans la même situation — cette histoire sonne très Demis Roussos : une voix qui même dans les pires circonstances ne pouvait pas s'éteindre.

Ce que je n'oublierai jamais dans sa musique, c'est que cette voix n'exigeait rien de l'auditeur. Pas besoin de comprendre le grec, pas besoin de connaître Aphrodite's Child ni Alexandrie ni son passé compliqué. Juste écouter. Juste laisser cette voix traverser l'oreille et réveiller quelque chose — un souvenir précis, un visage précis, un après-midi dont on ne se rappelle plus la date mais dont on garde encore le sentiment. C'est quelque chose que tous les chanteurs ne peuvent pas faire.

Je l'ai entendu la première fois à travers l'album de Paul Mauriat. Puis j'ai trouvé les originaux. Puis un jour j'ai écrit des paroles vietnamiennes pour la chanson que je préférais. De souvenir en souvenir — exactement comme il le chantait.


Références